Pologne: Récupération politique de la crise pour criminaliser l’avortement

10 août 2020 /

3 min

La loi anti-avortement en Pologne est déjà une des plus restrictives d’Europe. En effet, l’avortement n’est légal que dans 3 cas : s’il y a malformation grave du fœtus, en cas de danger pour la femme et enfin, en cas de viol ou d’inceste. Pourtant, alors que tous les yeux sont rivés sur la pandémie du coronavirus, la Pologne se divise sur la question de l’avortement.

Au pouvoir depuis 2015, le parti d’extrême droite «droit et justice» (PiS) affiche des idées conservatrices tels que l’encadrement de la justice, le durcissement des lois anti-avortement ou encore le refus du mariage homosexuel. La pandémie du Covid-19 fournissait un prétexte pour le gouvernement de renforcer son pouvoir et de restreindre des libertés en essayant de faire passer une nouvelle loi anti-avortement. En effet, une fois de plus, le gouvernement polonais menace les droits des filles et des femmes en voulant faire une modification législative nommée «Stop avortement». Celle-ci vise à renforcer les restrictions envers l’interruption volontaire de grossesse (IVG) mais aussi à interdire les cours d’éducation sexuelle, tout en assimilant l’homosexualité à la pédophilie.

Cette modification avait déjà été soumise il y a quelques années par la fondation anti-choix «Vie et famille». Elle vise à supprimer l’un des trois motifs d’avortement autorisés dans le droit polonais, à savoir l’existence de malformations graves ou mortelles du fœtus. Cette cause représente 90% des cas où le choix d’un avortement a été fait en Pologne.

Alors que le gouvernement sait que la société est polarisée par rapport à la question de l’IVG, celui-ci veut faire passer ses deux nouveaux projets de loi pour restreindre l’avortement et l’éducation sexuelle. Pourtant les citoyens et plus particulièrement les femmes, n’ont pas l’opportunité de faire entendre leur voix et de manifester librement pendant la phase de confinement. Il faut donc se demander, si le gouvernement ne profite pas de ce renforcement de pouvoir pour faire ce qui lui chante sans prendre en compte l’avis de ses concitoyens.

“Notre seule arme est la solidarité et la mobilisation de masse…”

Malgré le fait que les Polonais étaient cloîtrés chez eux, les réactions ne se sont pas fait attendre et près de 200 organisations, notamment des organismes de défense des droits des femmes, ont signé une pétition pour condamner ces projets de loi. «Notre seule arme est la solidarité et la mobilisation de masse. Seulement, même si on réussit à repousser la loi, nous savons que le gouvernement demandera au Tribunal constitutionnel, qu’il contrôle, de déclarer les exemptions à l’interdiction d’avorter contraires à la Constitution. C’est un combat beaucoup plus difficile à mener.» déclare Krystyna Kacpura, directrice de la Fédération pour les femmes et le planning familial en Pologne.

A la suite de cette pétition, les députés polonais ont décidé de ne pas adopter ces deux propositions mais elles ont été transmises à des sous-commissions pour poursuivre le débat. Elles sont donc «gelées» pour un certain temps. Mais que se passera-t-il ensuite ? Le gouvernement va-t-il continuer sa route et diminuer les libertés des femmes et droits fondamentaux?

Bien qu’au cours de son premier mandat à partir de 2015, le gouvernement polonais ait élargi les restrictions touchant les droits humains, la liberté de réunion, la liberté d’expression, les droits sexuels et reproductifs ou encore la liberté d’association, celui-ci a été réélu en 2019. Malgré cela, les défenseurs des droits humains ne perdent pas espoir et espèrent qu’après la lutte contre le Covid-19, une nouvelle lutte aura lieu pour plus de droits et de libertés

Lucie Hermans, étudiante en sciences politiques et en langues.

Cet article est apparu dans le magasine publié le 20 juin 2020. Lisez le magasine dans son entièreté ici.

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